La radiographie économique de l’ère Milei
L’économie argentine est depuis des décennies un laboratoire pour étudier les effets de l’inflation chronique et de la stagnation. Pour tout analyste, le succès d’un programme de stabilisation ne se mesure pas seulement dans les bureaux des organisations internationales, mais doit se refléter, fondamentalement, dans le pouvoir d’achat des citoyens ordinaires. Aujourd’hui, des données récentes nous permettent de rassembler les deux pièces du puzzle : la macroéconomie et la microéconomie.
Soutien macro : projections de la Banque mondiale
Pour comprendre l’évolution des attentes, il suffit de regarder les récentes prévisions internationales. Selon le dernier rapport de mise à jour économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes de la Banque mondiale, l’organisation a mis en valeur les performances de l’économie argentine avec des projections extrêmement optimistes : elle prévoit une croissance de 3,6% pour cette année (2026) et de 3,7% pour 2027.
Ces données deviennent plus pertinentes par rapport à leur environnement régional. Même si l’Argentine prévoit ce rebond, la croissance moyenne attendue pour la région s’élève à un modeste 2,1 %. Plus révélateur encore est le calcul de l’organisation à moyen terme : la croissance cumulée estimée pour l’ensemble du mandat du gouvernement de Javier Milei atteindrait le chiffre retentissant de 12,2 %. Pour approfondir la composition sectorielle et les bases techniques de cette reprise, il est indispensable d’analyser le rapport officiel sur l’évolution du PIB préparé par l’INDEC.
Toutefois, la croissance macroéconomique ne serait qu’un chiffre abstrait si elle ne se traduisait pas en bien-être social. C’est là qu’intervient le deuxième indicateur clé : le salaire.
L’impact micro : La reprise des salaires réels (2021-2025)
Récemment, l’observatoire UFM Milei Reform Watch, à partir de bases de données officielles, a publié un graphique qui illustre la trajectoire des salaires réels en Argentine de 2021 à 2025. L’analyse de ces courbes nous offre une image claire de la manière dont le choc initial a impacté – puis bénéficié – aux poches.

Le graphique utilise un indice de base où le 1er janvier de chaque année est égal à 100, ce qui nous permet de voir les performances salariales au cours de chaque année civile.
- L’érosion du modèle précédent (2021-2023) : En 2021 et 2022, les salaires réels ont stagné (clôture à 102,4 et 97,8). Mais l’effondrement est évident dans la ligne rouge de 2023, qui montre une chute spectaculaire jusqu’à un indice de 82,2 en décembre, reflétant la révélation d’une inflation réprimée lors du changement d’administration.
- 2024, l’année du tournant : Malgré un premier ajustement sévère où le salaire réel est resté en dessous de l’indice 100 jusqu’en mars, la tendance s’est inversée. L’année s’est terminée à 104,3, ce qui montre que les mises à jour salariales ont commencé à gagner la course aux prix au cours du second semestre.
- 2025, le décollage du pouvoir d’achat : La ligne vert foncé montre une croissance ininterrompue depuis janvier, atteignant un indice de 116,8. Cette augmentation de 16,8 % des salaires réels au cours de la même année suggère que la désinflation a généré une véritable augmentation de la richesse des travailleurs.
Conclusion : De la stabilisation à la croissance
En économie, la tendance compte souvent autant que la valeur absolue. Ce que démontrent les rapports internationaux et les analyses microéconomiques, c’est un changement de régime consolidé.
On est passé d’un scénario de détérioration chronique à une phase de double expansion : la macroéconomie projette d’être leader de la croissance dans la région, tandis que la réduction de l’inflation ramène rapidement le pouvoir d’achat aux salaires. Même si des défis structurels subsistent, la convergence de ces deux facteurs suggère que le programme de stabilisation commence à porter ses fruits les plus tangibles.
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